Le diktat du prof de yoga heureux

Mis à jour : 11 janv. 2019


Ce billet d'humeur est l'occasion pour moi de rappeler plusieurs choses fondamentales sur mon métier et sur ceux qui l'enseignent. J'ai la chance de recevoir beaucoup de témoignages de professeurs de Yoga comme moi, dans Paroles de Yogis, et nous abordons très souvent les grandes joies et les grands apprentissages de notre métier. Mais ceux qui nous écoute régulièrement, savent que nous passons presque toujours quelques minutes à exposer nos difficultés. Comme tout métier, il y a des compromis à faire, aussi bien dans la relation avec nos élèves que dans le rapport travail / vie de famille.



L'accueil des critiques

Même si j'en parle souvent dans mon podcast, j'ai tout de même la sensation qu'il est assez mal vu d'exprimer ses difficultés quand on est professeur de yoga. Dire que le métier peut être vécu difficilement réveille souvent l'incompréhension, aussi bien des élèves que des collègues. Il suffit de voir l'accueil très mitigé de l'article de Carine Castet : Prof de yoga, une arnaque sans nom ? Dans lequel elle explique sa difficulté à vivre de cette discipline. On a vu fleurir des réponses pour contrebalancer cette colère, aussi bien en commentaire que sur des blogs comme sur celui d'Emilie, ma première invité sur Paroles de Yogis : Prof de Yoga, une arnaque sans nom ?

Il est important pour moi de vous donner ces deux articles, pour que vous puissiez vous faire votre propre avis sur la question. Mais vous pourrez noter cependant que les deux articles parlent (dans des mesures différentes) de l'aspect précaire que ce métier peut représenter et de l'impermanence des salaires, comme pour beaucoup de personnes indépendantes.

Je comprends, à la lecture des commentaires, qu'ils soient positifs ou négatifs, que beaucoup d'élèves découvrent les conditions d'enseignement et de "salaire". Et c'est cela surtout, qui m'emmène à penser que ce métier est mal exposé dans le monde.



Une exposition de rêve healthy, zen & (banan)asana sur les réseaux

Loin de moi l'idée de cracher sur mon métier que j'ai choisi et que j'aime profondément. Simplement il est vrai que la vie de prof est loin d'être simple tout les jours, contrairement à ce qu'ont l'air de faire croire certains sur les réseaux. Le métier est tellement associé à ces corps souples et à cet état d'esprit zen sur la plage, que tout le monde vous dira : " ah bah ça doit être tranquille, tu dois pas être stressée! ". Première nouvelle.


Pour beaucoup d'élèves, lorsque vous devenez prof, vous vous incarnez tout à coup en Bouddha, sage et patient, tolérant et bienveillant en toute occasion. Je repense avec humour à cette fois où j'avais une élève au téléphone, et alors qu'un bus avait failli m'écraser j'avais lâché une insulte sortie du plus profond de ma peur... "oh Laura!", m'a répondu l'élève choquée. Elle avait raison, je n'ai pas été éduquée comme ça, mais parfois les émotions prennent le dessus n'est-ce pas ?


Je suis prof de Yoga, je ne suis pas le Bouddha!

Je me suis donc appropriée cette phrase, pour dédramatiser les choses. Car je crois que le problème du diktat du prof de yoga heureux, vient du fait que l'on confond la personne et la vision de la discipline. Une vision erronée donc, la plupart du temps véhiculée par les réseaux sociaux mais pas seulement. J'en parlais il y a quelque temps sur mon Instagram, mais il semble que notre société soit tellement malade de cette compétitivité sans faille et de l'individu au dessus de tout, que nous sommes à l'affut de la méthode miracle pour "vivre mieux". Si possible, une méthode tout en un, rapide, efficace, qui fait perdre 10 kilos en un mois et qui ralentit le vieillissement de la peau. Et ça, le marketing l'a bien compris, et nous a vendu depuis quelques années le Yoga (et d'autres techniques) comme le remède ultime, la pratique à faire et qui va convenir à tous. Et ça marche tellement bien, que pour certaines personne il est difficile de comprendre comment on ne peut pas "aimer" le yoga : c'est forcément parce que ça n'est pas le moment, qu'elle n'a pas trouvé le bon prof ou que la personne n'est pas "prête". Et si, simplement, elle n'aimait pas ça ? Au même titre que je déteste la course à pied et que j'en ai le droit le plus strict?


Les discours plus ouverts et tolérants commencent à émerger maintenant de la toile. Souvent venant de professeurs de toutes âges et de toutes expériences, qui rappellent que le yoga n'est pas une potion magique. Qu'il plaira et touchera le coeur de ceux qui seront en résonance avec ses messages. Tandis que d'autres s'épanouiront ailleurs. Et c'est très bien comme ça.



Le yoga est un outil sur notre chemin

Alors, si déjà nous avons du mal à comprendre que quelqu'un n'aime pas le yoga, comment comprendre un prof de yoga qui arrive énervé à son cours ? Lui qui nous enseigne toutes ces techniques de respiration et ces cabrioles sur la tête...

La réponse est tellement simple. Nous avons oublié - je le disais - que le yoga n'est pas une pommade merveilleuse sur nos maux, mais juste un outil. Un outil sublime j'en conviens. Mais un outil quand même. Or l'outil n'est rien sans celui qui l'utilise, l'âme, l'homme ou la femme qui se cache derrière cette figure de prof. Il est difficile pour nous de conférer au professeur son statut d'humain, car dans l'enseignement de la maternelle aux études supérieures, il est la figure du savoir et la personne qu'on ne peut contredire. Il est présenté dans nos sociétés comme l'Omniscience. Il est censé incarné ce qu'il enseigne. Or nous enseignons pour beaucoup le fait d'apprendre à vivre sans stress... Et le hic! il est là.

Le rôle du professeur de yoga, est d'enseigner les postures, les techniques, les pranayamas. Il les enseigne pour donner des clefs de compréhension et d'amour de soi à ses élèves. Plutôt que des bons points et des images, il donne à ceux qui le veulent les bâtons de marche pour cheminer le long de la vie.


Le professeur de yoga est lui aussi en chemin, et s'appuie lui aussi sur ces mêmes bâtons. Est-ce que c'est le gage d'une vie heureuse ? Tout dépend de lui.

Est-ce que c'est pratiquer la salutation au soleil 12 fois à chaque début de cours fera de vous une personne plus éveillée ? Tout dépend de vous.


Je vous souhaite un long chemin d'apprentissage et d'émerveillement, pour revenir à la Source, à vous-même. C'est ce que je souhaite à tous mes élèves. Mais je ne les porte pas d'un point A vers un point B. A la rigueur je les guide. Mais disons plutôt que je les aide à affuter leurs outils comme j'essaye d'affuter les miens. La compréhension qu'ils tirent de nos partages et de nos pratiques leur revient entièrement.

Souvenez-vous, je ne suis pas bouddha, juste prof de yoga. Heureuse parfois, malheureuse et en colère d'autres fois, sur mon propre chemin.


→ Cet article peut t'intéresser : Les clefs pour savoir si l'enseignement est fait pour toi

→ Et celui-ci pourra le compléter également: Comment choisir ta formation de Yoga ?


C'était mon point de vue sur la manière dont on appréhende mal le métier de prof de yoga. C'est certainement en partie notre faute, à vouloir montrer que notre discipline est la meilleure pour le corps et l'esprit... je ne sais pas.

En tout cas j'avais envie d'en parler et je suis sure que ça trouvera écho chez quelques copines yoginis.

Si ce billet vous a plus, alors n'hésitez pas à le partager, liker et épingler sur Pinterest par exemple ! J'en serais ravie !








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